KILLER OF SHEEP   -   Killer of sheep
 
Annee
Duree
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1977
1h20
Henry G. Sanders – Kaycee Moore – Charles Bracy – Angela Burnett – Eugene Cherry – jack Drummond …

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Critiqué par fear le 19/08/2009 Note :   Lire sa critique  
Critiqué par fear
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« Killer of sheep » désamorce le côté bling-bling de la blaxploitation qui est maîtresse à l’époque afin de cerner la dureté des ghettos. Humain et sincère, le film reste parfois long car il place son objectif dans chaque acte quotidien. Toutefois, en filigrane, les critiques du système chargent de manière édifiante. Stan et sa famille sont tout simplement brisés par une machine qui n’a que peu d’égards pour eux. Seul l’amour inconditionnel permet de passer outre …
 
En 1977, pourvu d’un budget minuscule – 10 000 $ -, un jeune étudiant en cinéma de Los Angeles, Charles Burnett réalise sur son temps libre un métrage en noir et blanc qui sera, a posteriori, retenu pour faire partie du patrimoine national américain – trésor national -.

Le destin de sa pellicule est à ranger à côté d’un autre de ses films, « My brother’s wedding » (1983). Environ 30 ans d’attente avant d’avoir vent de son existence dans un grand réseau et une omniprésence de Burnett qui s’occupe de la photo, du montage, de la production et bien sûr de la mise en scène. En pleine blaxploitation, « Killer of sheep » fait office d’exception.

Film adulé depuis son émergence récente, il fallait juger sur pièces de ces assertions.

DESCENTE DANS L’ENFER DU QUOTIDIEN

A travers le destin de Stan et de sa petite famille, Burnett aborde un thème encore plein d’à propos. Il travaille sa matière comme personne et s’immisce dans les mœurs du ghetto sans tous les artifices et les codifications sophistiquées du genre. Il nous livre un portrait de famille sous l’angle de l’humanité et sans souligner son message. Contrairement à beaucoup de ses confrères, il préfère se concentrer sur les actes et non sur la thèse qu’ils sous-tendent.

Le titre pose lui-même la question fondamentale du métrage : Doit-on être dans la masse des moutons ou s’en extraire afin que le phénomène ne soit pas pandémique ? Les bêtes sont ici les malfrats, ceux qui veulent que la loi du plus fort perdure. L’argent facile coule et les dettes sillonnent tout le ghetto. De fait, Stan est une exception. Il bosse dur dans l’abattoir ce qui l’empêche de dormir et le ronge surtout quand il voit flâner les bandits locaux. Il est stigmatisé par les autres – ceux qui taxent et les « riches » - mais garde le cap pour que les valeurs qu’il défend soient transmises à ses enfants.
Il y a par ailleurs une double lecture possible beaucoup plus subversive, qui accrédite l’absence de choix de sa destinée dans le ghetto. Ce « Tueur de mouton » est aussi – et surtout – le système injuste de mise à l’écart qui broie la population, assassinant à petit feu les « moutons », qui suivent les règles. Car au final, les gangsters ont la belle vie – et ne le paient pas ici – et celui qui trime toute la journée se voit récompensé par des insomnies et une vie familiale réduite à des fulgurances heureuses. Bien entendu, la réalité se situe à la frontière de ses deux positions. Stan peut être heureux et poursuivre ainsi mais les gangsters le peuvent tout autant dans cette zone de non-droit.

La brutalité du quotidien se répercute inévitablement sur les gamins qui trainent, privés d’éducation et de sentiments. Ils jouent à se balancer des caillasses, à jouer aux durs et l’ambiance malsaine des foyers les place dans le silence du mal d’affect.

Tout cela est filmé de manière documentaire, la caméra ne dépassant jamais le plan moyen afin de saisir au mieux les individualités. La lenteur est de rigueur et cela manque parfois de caractère incisif puisque le cinéaste saisit l’ennui, le dénuement face au néant des perspectives. Côté spectateurs, on est envoutés par la saisie des tenants et aboutissants des attitudes de chacun mais les longueurs et quelques répétitions – le jeu des enfants, l’appui sur le manque d’argent – lassent.

La Bo est néanmoins un ravissement pour les oreilles. Retraçant la feuille de route de la culture afro-américaine, les chansons de
« Earth, Wind & fire » ou « Dinah Washington ». Il est amusant de voir l’ironie de cette qualité sonore puisque c’est une question de droits inhérents à ces classiques de l’époque qui posa problème pour diffuser le film.

MONTES DANS UN BATEAU SANS AMOUR

Dans une terre déshumanisée, cette banlieue US baigne dans les non-dits et l’absence flagrante de communication, de rapports humains. Stan ne se défend plus quand les autres l’assaillent mais sa femme vient à la rescousse. Ce soutien fort et indéfectible est la seule chose qui les garde immergés. Le couple sombre lentement mais s’accroche à ses sentiments. Une simple scène de danse brille de par une beauté simple. Un air lancinant où les deux amoureux se tiennent tendrement comme un aparté salvateur.

Encore une fois les enfants se retrouvent dans une situation similaire à leurs ainés. Il y a un désœuvrement total dans la famille mais l’amour – plus fort – perce de temps à autre donnant lieu à un massage en apparence simple mais tellement important.

Que ce soit par son budget ou par ses prétentions, Burnett joue la carte de la simplicité et les acteurs amateurs – pas tous parfaits – font de leur mieux pour faire transpirer un message simple, celui du dernier rempart contre le désespoir, les proches. Ceux-ci et leur amour sont les clés qui donnent un maigre espoir à ces quartiers.
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