LA MARQUE DU TUEUR   -   Koroshi no Rakuin
 
Annee
Duree
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1967
1h27
Joe Shishido – Mariko Ogawa – Anne Mari – Koji Nambara – Isao Tamagawa – Hiroshi Minami – Iwae Arai …

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Critiqué par fear le 15/07/2009 Note :   Lire sa critique  
Critiqué par fear
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« La marque du tueur » est représentatif de l’inventif Suzuki. Des trouvailles visuelles au ton surprenant. Après une entrée en matière qui présageait un thriller noir classique, l’explosion des codes et l’utilisation astucieuse des personnages vient créer un film unique, parodique qui se révèle une bonne entrée en matière pour appréhender le cinéaste …
 
La carrière de Suzuki arrive à un point de rupture. Il rentre à la Nikkatsu afin de se faire la main. Grâce à quelques bons coups – et notamment ses variations par rapport aux yakuza-eiga classiques -, il arrive dans les petits papiers de la direction.
Avec ce « Koroshi no rakuin » (1967) il va complètement saborder sa carrière. Jugé incompréhensible – plutôt illisible pour les têtes pensantes – et donc pas du tout commercial.

Il faut dire qu’il pousse le bouchon encore plus loin que dans ses précédents longs. Evidemment, à sa sortie ce fut un flop retentissant ce qui fit virer Suzuki. De manière assez surprenante, le cinéaste est arrivé tardivement en France. Et ce film est probablement un des mieux accueillis. Il faut dire qu’il saisit l’essence même de son cinéma – quand on le laisse bosser - : Traiter avec ironie et décalage des sujets variés tout en ajoutant un degré pop et décomplexé au niveau formel. Tout un programme qui commence à faire des émules auprès des spectateurs et c’est tant mieux.

On retrouve son acteur fétiche, Joe Shishido, qui fut l’acteur fétiche de Suzuki – « La jeunesse de la bête » (1963), « La barrière de chair » (1964) - est aussi célèbre pour ses joues de hamster, bien gonflées durant sa carrière au sein des films de Yakuzas.

LE VIDE

Profondément inspiré par les films noirs occidentaux, Suzuki joue subtilement sur les deux tableaux : le décalage et la rudesse de la réalité.

La vacuité est la forme primaire de l’environnement. Sous l’ambiance froide qui se dégage de la pellicule, on perçoit une incongruité l’absence de vie, de vivacité. Le monde tourne autour des yakuzas pourtant aucune autorité n’est là. Les médias prennent rapidement le relai à la télévision mais la police est quasiment absente. Les criminels ont fait table rase des rues. Il y a bien quelques habitants mais ils se font rares et leur protection va de pair. Le contrôle est donc quasiment absolu et le bitume est le contact et le tissu social de la ville mourante.

Il existe aussi l’absence totale d’amour au sens propre. Comme un succédané de la société qui fiche le camp, il ne réside que le mélange des corps, où la passion est déconstruite. Elle possède des vertus sombres – il y a des mystères et des morts qui entourent les sentiments.
Toutefois, c’est un miroir de la rigidité de la caste dominante. L’absence de moralité, l’abnégation contractuelle privent tout ressort émotionnel même ceux qui sont présents. Ils sont dès lors inexorablement supplantés par d’autres valeurs individuelles – prestige, argent … -.

Enfin, c’est le pendant de la profession. On est qu’un numéro sans véritable sens et se battant pour gravir les échelons. Ce processus d’élévation sociale procède à un tri : Il faut faire le vide autour de soi car les dommages collatéraux sont inévitables.

SUZUKI STYLE

La première partie est assez conforme à ce que l’on peut attendre du genre. Le positionnement des personnages, la loi du plus fort qui conduit à la survie. Rien de bien nouveau sous le soleil dans cette présentation pas spécialement originale et qui pourrait faire croire à un classicisme un peu suranné.

Mais c’est un peu se hâter puisque Suzuki nous met la puce à l’oreille avec son Hanada assez atypique. Pas dans son boulot mais dans sa monotonie extérieure. Il vit pour deux choses : Le sexe et l’odeur du riz. Cela donne lieu à des scènes belles et simples.

Le film est un peu long à démarrer mais alors on nous gratifie d’éléments improbables. Sans tout dévoiler, il y a trois clés de voûte à la suite.
La mise en scène est assez sobre – le noir et blanc est classieux – mais avec quelques expérimentations joyeuses. Incursions de dessins sur fond de sonorités exubérantes – comme la pluie - ou choix d’angles assez inhabituels.
Ensuite, le personnage secondaire mais loin d’être inutile de l’amoureuse impossible d’Hanada. Elle vit avec des papillons morts accrochés au mur et n’aspire qu’à mourir. Le jeu de séduction-destruction avec Hanada tire un fil conducteur bien plus intéressant que la fuite en elle-même, plus classique dans sa conduite.
Enfin, la dernière partie, affrontement excellent plein d’humour alors que l’enjeu est grandissant. Numéro 1 est trop fort : Il voit tout, surveille tout le temps le pauvre Hanada mais aussi une obligation de vivre ensemble par la suite tout à fait savoureuse. Les règles du jeu, la dimension ludique du combat des nerfs et de l’accession au suprême, la place du roi, du n°1, seul véritable enjeu dans un monde où l’amour est interdit, où l’espoir est perdu dans le cynisme de la situation.
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