VIVRE -   -   Huozhe
 
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1994
2h07
Ge you – Gong Li – Niu Ben – Cong Xiao – Fei Deng – Guo Tao – Huang Zongluo – Jiang Wu – Liu Tianchi – Ni Dahong …

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Critiqué par fear le 04/07/2009 Note :   Lire sa critique  
Critiqué par fear
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« Vivre ! » est une piqure de rappel des écueils maoistes et de ses répercussions sur le peuple. Les bonnes intentions s’évanouissent par le réalisme qui s’essouffle quand on observe les grosses ficelles de Yimou. Historiquement utile, moyennement convaincant culturellement, il sombre dans son approche dramatique avec une Gong Li qui surjoue parfois …
 
Zhang Yimou n’a pas toujours eu l’image d’un grand consommateur de budget, amateur de la richesse cinématographique nationale. Pour beaucoup, il a le visage d’ « Hero » (2002), « Le secret des poignards volants » (2003) ou plus récemment la fresque médiocre et onéreuse « La cité interdite » (2006). Ce serait un peu vite oublier qu’il est un dramaturge qui s’intéressa beaucoup aux gens ordinaires alors qu’il semble privilégier les héros et les grandes épopées depuis.

Tiré d’une nouvelle de Lu Weil et Yu Hua, le film fit partie de la sélection officielle du festival de Cannes et remporta même le grand prix du jury. A ne pas confondre avec « Vivre » (1952) de Kurosawa, ce métrage ne s’intéresse pas qu’à une épopée familiale mais bien à l’évolution de la Chine et les répercussions que cela a pu avoir sur le peuple. Yimou retrouve le duo de « Opération cougar » (1989). Gong Li est définitivement indissociable du réalisateur qui l’a fait naître avec bien des visages. Là encore, le début de la filmographie tend à la montrer humble, populaire – bien que souvent combattant contrairement à ici -. Muse éternelle de Yimou, elle est encore jeune et en pleine ascension.
Evidemment, « Vivre ! » eut des problèmes dans son pays – interdiction -. La patrie est encore un thème tabou et ce n’est visiblement pas près de s’arrêter.

REGLEMENTS DE COMPTE CHINOIS

Bien que l’on suive trois décennies de destinées familiales, la restitution historique reste le chef de bataille de ce projet. Il y a une grande inégalité de traitements, ce qui permet d’affiner les volontés de Yimou.
On passe très brièvement sur la période post-occupation guerrière pour rentrer dans le grand évènement suivant en Chine continentale. C’est Tchang Kaï-Chek qui tient les rennes jusqu’à l’expansion du communisme par la voir de Mao Zedong. La guerre intérieure fera couler beaucoup de sang. De 46 à 49, il se fera manger du territoire jusqu’à son exil à Taipei – Taïwan -. Yimou nous dresse un portrait à charge. C’est une déferlante rouge qui vient écraser tous les enrôlés de force et qui balaie tout sur son passage. Mieux vaut donc être docile.

Ce sera le maître-mot des années de règne de Mao. Obéir gentiment aux codes du parti afin de ne pas subir les conséquences – trahison, pensées contre-révolutionnaires et autres fautes étaient punies par la mort -. C’est cette véritable chasse aux sorcières qui est montrée avec la peine de montrer patte blanche.
Une fois qu’est terminée cette phase, on quitte la demeure historique pour s’approcher des traits culturels.
Yimou nous parle de l’Histoire intime, celle qui est moins retenue, les grandes phases de la politique de Mao. La recherche du fer. Chacun doit donner tout les objets en fer qui pourrait être utile pour le parti. Ceci avait pour objectif de concurrencer les Etats-Unis, par « Le grand bon en avant ». Ensuite, c’est la phase anti-réactionnaire où tout ce qui est ancien doit être strictement mis de côté.

C’est un énorme tacle vers le passé de son pays auquel on assiste. A chaque phase le sang coule par la faute de l’Etat. Sous la propagande, qui embrigade les camarades dans cette doctrine que certains ont du mal à comprendre, se terre la tyrannie. Les droits de penser et d’agir sont annihilés. Le scénario et ce systématisme dans l’attaque sont un peu forcés et manque cruellement de subtilité. C’est pourquoi en restreignant le champ des possibles – une seule famille -, les différents désirs belliqueux de Yimou perdent en cohérence et sont trop orientés afin de faire coller le drame et la politique.

LES RESPONSABILITES INDIVIDUELLES

Etant donné la stigmatisation des effets désastreux de la politique maoïste, la dynamique familiale est inextricablement liée à celui du pays. C’est intéressant et cela met en jeu la valse des prises de décision.

Ce parcours chaotique commence mal avec les âneries du mari qui vont coûter leur train de vie et leur honneur aux jeunes parents. Endettés, ils doivent persévérer, vivre – d’où le titre – malgré les meurtrissures de la vie. Cependant ce bel élan permet de remettre une triple couche de larmes indirectes. En grossissant le trait – avec de belles évocations cependant -, Yimou décrédibilise ce qui va se passer : Les morts vont être sur leur chemin et seront pointés du doigt le régime communiste et leurs conséquences.
En effet, la course au fer - de vanité - va amener une mort, l’absence de médecins qualifiés aussi. C’est pertinent dans le cadre médical mais bien moins dans le premier cas. Ce n’est de la faute de personne excepté la globalité de ceux qui écoutent le parti. On comprend bien que le procédé veut démontrer qu’il n’avait pas le choix – l’absurdité ne bloquant rien – mais Fugui et Jiazheng vont payer le prix fort.
Fugui est naïf et plein de bonne volonté – il veut se racheter – alors que Jiazheng souffre plus et à moins de facilité à passer outre. L’action individuelle s’efface donc devant l’erreur collective, symbole parfait de la problématique communiste.

L’humanité est prépondérante dans les rapports entre les gens sur place mais il règne une atmosphère étrange. Autant la grande famille de la masse populaire peut-être enivrante autant les écarts ne sont pas permis.

Beaucoup de drames dans cette traversée du désert faite de plus de bas que de hauts, ce qui est bien relayé par un certain apitoiement qui, avec surprise, possède une certaine lourdeur. Pas dans l’émotion mais dans les longueurs qui effilent le tempo.
Enfin si le petit théâtre ombré est original, la musique est à la longue assez fatigante.
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