LA MALEDICTION DES HOMMES-CHATS   -   The curse of the cat people
 
Annee
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1944
1h09
Simone Simon – Kent Smith – Jane Randolph – Ann Carter – Eve March – Julia Dean – Elizabeth Russell – Erford Gage …

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Critiqué par fear le 18/06/2009 Note :   Lire sa critique  
Critiqué par fear
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« La malédiction des hommes-chats » possède un titre peu évocateur mais qui s’ingénue à dépeindre de manière onirique les vagabondages spirituels d’une jeune fille. Amy, héritière de l’Irena de Tourneur, se coupe de son entourage au grand regret de ses parents. Joliment évoqué mais trop réduit, le point de vue sur cette solitude est trop schématisée pour soutenir à merveille le fantastique tendre. Efficace avec une mise en place solide, on ne peut que se réjouir de ce coup commercial réussi …
 
C’est un bien drôle de projet qui a vu ici le jour. Le titre est mensonger au possible. En effet, les producteurs décidèrent de faire du pognon avec l’aura du film de Tourneur de 1942, le classique « La féline » (1942). Après l’éviction du cinéaste allemand Von Fritsch, c’est la pointure Robert Wise qui reprend les manettes. Sans que cela se ressente au montage, il y a donc bien eu deux visions de l’histoire.

Avant que tout cela soit possible, les studios de cinéma peinent et doivent faire preuve d’inventivité. L’équipe technique – scénario & co. – est reprise du film de Tourneur tout comme les personnages-clés. On retrouve le couple phare Kent Smith- Simone Simon. Irena et Oliver reprenne donc du service pour cette suite qui rompt presque totalement avec l’œuvre originale.

LA SOLITUDE POUR AMY

Comme ce fut le cas pour Irena du temps de son vivant, la jeune Amy a des amies totalement imaginaires. Le parallèle est grossièrement tracé avec le miroir chat-papillon mais c’est surtout le sentiment d’abandon, d’être à part, esseulé qui prédomine dans ces deux destinées.

La portée dramatique est d’autant plus frappante qu’elle touche l’enfance, sanctuaire de l’innocence et des errements de l’esprit. Elle se réfugie dans son monde intérieur et a du mal à se faire comprendre du monde extérieur.
Dans le cadre scolaire, elle est montrée du doigt par ses camarades car elle ne suit pas les règles du jeu, a du mal à avoir une activité collective suivie.
Dans le cadre familial, elle est protégée mais est poussée à changer. Si sa mère cherche à dédramatiser, le père se met en colère dès lors qu’elle raconte ce qu’elle voit. Le discours de la petite fille est toujours remis en doute et on ira même jusqu’à la punition afin qu’elle arrête ses élucubrations.
Seule la maîtresse semble prendre la pleine mesure de ce qui se trame. Elle tente de gagner du terrain sur cet imaginaire en prévenant les Reed, les incitant à se réconcilier avec Amy plutôt que de la braquer.

LE FANTASTIQUE POUR AMY

On ressent l’effet du temps qui passe lorsque l’on perçoit la structure relationnelle de ceux qui gravitent autour d’Amy. L’enseignante a un rôle doctorant, bien loin de l’image dégradée qui les suit maintenant et le foyer est un modèle de dynamique propre et tranquille. La mère qui s’inquiète mais est assez coulante, le père qui veut se faire respecter – mais toujours pour des motifs louables – et le domestique jamaïcain qui s’il ne fume pas d’herbe, arbore un sourire pendant tout le métrage.
Pour cibler large, Wise s’appuie sur un script minimaliste où les difficultés de l’enfance sont simplifiées et vont avoir un dénouement de compréhension abrupt.

Clichés dépassés désormais, on se sent en décalage dans la vision éducative. Toutefois, l’avènement des pensées de la jeune fille est plus intéressant. Il y aura des jeux de lumière, le mouvement d’ombre dans la chambre mais bien entendu une relation avec Irena. On nage en plein objet bucolique, l’onirique enfantin est bien représenté et c’est avec douceur qu’Amy passe ses douces après-midi.
Ce qui lui redonne le sourire va bientôt faire craindre le pire à ses proches. Est-elle en train de dériver ?

Une histoire secondaire va permettre de mettre en avant les risques futurs mais aussi le caractère non-unique de la situation. Julia et Barbara Farren occupent une maison gothique à souhait, effrayant le voisinage, les rumeurs se faisant nombreuses. Il s’agit de la symétrie d’Amy. La vieille dame – qui va s’entendre à merveille avec Amy – croit que la femme qui prétend être sa fille n’est qu’une imposture. Elle croit qu’une vivante est morte tandis qu’Amy assure qu’une morte est bien vivante.
Dans ce déni de la réalité, les contes et autres légendes sont encensés. La séquence où Julia Dean –Julia Farren – narre « l’histoire du cavalier sans tête » est excellent, hypnotisant Amy de par l’ambiance qu’elle sait instaurer.

L’interprétation est assez neutre et seules Julia Dean et Ann Carter – Amy – sortent du lot. Parfois la caméra se montre élégante. Le final sur la chevelure d’Amy où les débuts de l’amitié avec Irena – où celle-ci est invisible – donnent de l’amplitude au fantastique. De surcroît, la poésie latente avec pour principaux lieux la maison des Farren et le jardin, le décor prenant le pas sur les personnages dans les visions d’Amy.

La lisière entre réalité et fantasmagorie permet de maintenir une densité haletante qui aurait pu s’écrouler sous la répétition des tentatives de dissuasions paternelles.
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