LE BAISER DU TUEUR   -   The Killer's Kiss
 
Annee
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1955
1h07
Jamie Smith - Irene Kane - Frank Silvera - Jerry Jarret - Mike Dana - Felice Orlandi...

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Critiqué par Bioman le 04/09/2008 Note :   Lire sa critique  
Critiqué par Bioman
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Avant d'être un cinéaste de renom et même un simple réalisateur, Kubrick fût photographe. De ce travail en découlera une suite de photos du boxeur Walter Cartier ainsi qu'un documentaire "Day of the fight" avant de poser l'un de ses premiers galons de cinéaste avec" Le Baiser du Tueur". Trois procédés différents pour un même sujet, celui de la boxe. Coïncidence ou pas, ce film marquera les premiers espoirs en ce réalisateur.
 
Les ainés en toile de fond

S'il paraît facile de prendre les meilleurs pour modèles, assumer ce que l'on en ressort est toujours moins évident. Pour ce premier vrai long-métrage ("Fear and Desire" étant un moyen sans le sou renié par son auteur) Kubrick inonde la courte durée de la pellicule de références majeures. Il peut paraître étonnant de voir un maître aujourd'hui copié, ayant lui aussi choisi ce procédé en début de carrière. Surtout qu'en ce qui concerne ses oeuvres les plus récentes et les plus en lumière, les inspirations ne paraissent plus aussi évidentes.
Dans "Orange Mécanique", la référence immanquable avec un autre film sera une pochette de disque, une pochette de la bande originale de "2001 L'Odyssée de l'espace". Selon Alex Cox cela signifie que désormais Kubrick sera influencé seulement par lui-même.
Mais en cette année 1955, il en va autrement. "Le baiser du tueur " commence avec une ouverture sur une gare, endroit « de passage » qui symbolise on ne peut mieux la fuite du temps. On ne s'étonnera pas de retrouver d'innombrables gares dans les films du réalisateur vedette de Kubrick, à savoir Max Ophüls, adepte de la mélancolie, du temps, ainsi que des histoires d'amour impossible, comme cela semble être le cas pour "Le Baiser du Tueur".
En choisissant de baser son film sur le procédé du flash-back, outre l'inspiration de Welles, on dénote un Kubrick avide de tape à l'oeil. Le jeune cinéaste veut se faire remarquer et n'hésite pas à empoigner fermement des procédés pourtant difficiles à maintenir. La réussite de l'ensemble inspire une autre influence majeure, prônant derrière ce film noir, celle d'Hitchcock. Si l'imagerie semble plus convenir des premiers susnommés, la mise en scène quant à elle paraît tenir éperdument de l'exilé anglais. Il ne paraît alors pas étrange de retrouver diverses similitudes avec le film "Fenêtre sur cour", le premier acte de la perle d'Hitchcock ayant visiblement influencé le cinéaste plus que de raison. L'espièglerie de notre boxeur (Jamie Smith) face aux tracas de sa charmante voisine (ayant une étrange ressemblance avec Grace Kelly), pouvant facilement être une des multiples petites histoires visibles par James Stewart, le comique en moins. Mais re-soulignons le encore une fois, la mise en scène de ce qui n'est encore qu'un jeune prometteur, semble être celle d'un maître, comme en témoigne le passage où Gloria (Irene Kane) viendra chercher son argent et le quiproquo qui en résultera... Une scène qui n'aurait pas fait tâche dans un film d'Alfred ou autres.
Durant le tournage, gêné par les ennuis de l'équipe son, il n'hésitera pas à les renvoyer, devant du coup assurer toute cette partie lui-même (en prise de son directe la plupart du temps). Par la suite, il n'hésitera pas à aborder certains films comme son ainé, le défi technique étant l'intérêt de "Shining". Les traits d'un intransigeant...



Un style propre


En définitive, cette association d'influences permettrait presque d'en dégager un style propre. Sans passer pour un bâtard de ses confrères, cette vision au travers de la technique plus que du fond aurait pu accoucher d'un prè-De Palma. C'est le sens vers lequel semble se profiler le petit nouveau au talent inné. Godard toujours très prompt dans ses déclarations le considérera après avoir vu entre autres "Le Baiser du tueur", comme un « sous Welles » qui n'apporte rien de bien nouveau au cinéma. Pas de quoi être réticent à ses propos, Godard assimile Kubrick à Welles et le considère comme un cinéaste au bout de quelques films, ce qui se résume plutôt à un bon début.
Et nous ne pouvons que soutenir ses propos. Sans la cassure avec le cinéma d'auteurs qui a chamboulé le Hollywood des années 60, peut-être que Kubrick serait resté l'éternel esthète qui frôle toujours sans atteindre. La re-définiton du cinéma américain avec la mort des auteurs, signifiera l'exil de Kubrick en terres anglaises et une refonte de son cinéma (tel que cela est aperçu dans la critique de "Lolita").
"Le baiser du tueur" est un exercice de style saisissant, surprenant, un très bon film noir plein de références. La séquence où Davy affronte ses ennemis dans l'usine de confection de mannequins restera comme l'une des plus représentatives de ce jeune talent. Toutefois, le scénario n'est pas piqué des vers bien qu'il serve rudement bien la maestria de son géniteur, mais tout cela semble bien trop convenu. Comme le dit Godard, pour l'époque autant se rabattre sur Welles ou fouiller chez John Houston.
Chez Kubrick, les acteurs sont rarement des stars du grand écran, des têtes d'affiches. De ce fait, cela permet de les incruster on ne peut mieux dans l'histoire, de les faire servir celle-ci et de ne pas cacher la trame derrière des acteurs trop lumineux. Hitchcock disait que les acteurs sont des pantins, sans préjugés aucun lorsque l'on sait à quel point ils les admiraient... Cependant leur classe et leur charisme avait souvent pour défaut d'assombrir le travail de virtuose de son auteur. Il ne paraît pas être un hasard que "Psychose" soit un film sans grande vedette, fût l'un des plus apprécié niveau technique. Kubrick semble avoir compris cela, et l'on se méprend à ne pas revenir sur les performances d'acteurs tellement ces derniers servent bien l'ensemble et ne se détachent pas (les interprétations de Malcolm McDowell ou Jack Nicholson bien que remarquables servent avant tout le film). On en jugera donc qu'ils sont aussi « invisibles » qu'efficaces...


Difficile de rester concentrés sur le film à proprement dit lorsque commence à se dessiner un cinéaste de cette envergure. L'ensemble simplement bon, vaut plus pour la découverte de cette future vedette. Un chemin exercé dans le film noir qui paraît en contradiction avec la suite de sa carrière. "Le Baiser du tueur" est relativement court et tiendrait presque du muet. Mais Kubrick bien que très lent dans son travail a cette qualité de créer des films en osmose avec leur temps voire même qui prennent de l'ampleur sous son influence (cf. critique de "Full Metal Jacket"). Les interrogations et thèmes restent les mêmes mais les formes changent, ce qui peut paraître étonnant à première vue. « Parmi la jeune génération, Kubrick me paraît un géant» dixit Orson Welles. Et encore Orson, tu n'as pas eu la chance de tout voir...
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