ARRIVEDERCI AMORE- CIAO   -   Arrivederci amore, ciao
 
Annee
Duree
Genres
Pays
Réalisateurs
Acteurs
Notes rédactions
Notes visiteurs
0 commentaire(s)
2006
1h47
Alessio Boni - Michele Placido - Isabella Ferrari - Alina Nadelea - Carlo Cecchi - Antonello Fassari

LISTE DES CRITIQUES
Critiqué par CAMIF le 02/08/2008 Note :   Lire sa critique  
Critiqué par CAMIF
193 critique(s)
Voir toutes ses critiques
 
Sur fond de réhabilitation morale impossible, Michele Soavi tisse l’histoire d’un pourri, un vrai, qui tente, sans succès, d’accéder au Bien en passant par le Mal.
Techniquement abouti, scénaristiquement ambitieux, iconoclaste dans sa manière de mêler les genres et les intrigues, le film s’inscrit sans peine dans les meilleures réalisations italiennes de ces dix dernières années.
 
Michele Soavi tourne peu pour le cinéma ( hélas ! trois fois hélas !), non par volonté, mais à cause de l’extrême difficulté de produire un film de genre en Italie.
A ce propos, il est étonnant qu’il ait réussi à trouver les fonds nécessaires pour monter un tel film, impossible à vendre à un large public, tant celui-ci est sombre, touffu, violent et immoral. Après un «Dellamorte Dellamore » en 1994, beau, inventif et digne des plus grands éloges, il s’attaque ici à l’adaptation d’un roman (également décliné sous forme de bande dessinée) à succès éponyme de Massimo Carlotto, lui-même ancien militant de «Lotta Continua » ( formation politique ouvrière et étudiante d’extrême gauche de la région de Turin )

ARRIERE PLAN POLITIQUE

« Les années de plomb » (1968-1983 ) ont profondément et durablement marqué la péninsule italienne, à l’instar de notre guerre d’Algérie, c’est un passé qui ne veut pas passer et qui reste ancré dans l’inconscient collectif et dans les pratiques institutionnelles de l’état italien. Marquées par des attentats politiques d’extrême gauche et d’extrême droite, des enlèvements( comme celui emblématique d’Aldo Moro, alors dirigeant de la démocratie chrétienne ) , des luttes intestines au sein du pouvoir, l’utilisation de la Mafia par le politique, et qui firent près de 400 morts et 2000 blessés.

Le film s’ouvre dans une jungle pluvieuse d’Amérique du Sud quelconque où l’on fait connaissance de Giorgio Pellegrini (Alessio Boni, excellent), parti de chez lui depuis quinze ans pour « faire la révolution », suite à sa condamnation pour un attentat perpétré avec un camarade et qui a coûté la vie à un innocent ( scène que nous reverrons à plusieurs reprises sous forme de flash-back évolutif nous en dévoilant un peu plus à chaque fois, à la manière de ce que l’on peut voir dans « Il était un fois dans l’ouest » de Sergio Léone).
Le mur de Berlin vient juste de tomber, emportant avec lui les dernières chimères de la révolution prolétarienne auquelle il a voué toute sa vie d’homme.
Comme traumatisé et pour tout dire cocufié par une idéologie pour laquelle il a vainement combattu, il va dès lors se révéler cynique, violent, sans scrupules aucun, afin d’avoir « la vie qu’il mérite », en clair pardon de ses fautes, argent, femmes et respect. Une totale inversion, à la limite de la schizophrénie, de ses convictions. Comme un enfant qui a cassé son jouet, il va se mettre en quête d’un autre par tous les moyens.

DESTINS CROISES

Trois destins, trois figures stéréotypées de l’Italie moderne vont s’entremêler autour d’une histoire de réhabilitation pénale.

Giorgio Pellegrini, le « fils de pute» dans toute sa splendeur, ayant perdu sa part d’humanité à vouloir la changer, incapable d’émotions autre que frelatées. Travaillant pour la mafia, « donnant » ses ex-camarades, dénonçant les gens du milieu, fricotant avec un flic ripoux, des anarchistes espagnols, des oustachis croates, un politicien véreux, faisant chanter une connaissance afin de coucher avec sa femme, s’entichant d’une fille fragile et pure afin de gagner la respectabilité, sans amour, sans conscience, sans sentiments, prêt à tout pour parvenir à ses fins.

Le vice commissaire Ferruccio Anedda ( le grand Michele Placido ), flic respecté par sa hiérarchie, mais véreux dans l’âme, attiré par l’argent, à la gâchette facile et à la morale plus que douteuse.

Flora (Isabella Ferrari, nominée au «Prix David di Donatello », l’équivalent des Césars), croyante et naïve, qui n’aura le tort que de tomber amoureuse de Giorgio. Une âme pure dans un monde mauvais, dépeinte telle un ange en proie à des événements et des sentiments qui la dépassent.

Trois personnages au sort prédéterminé qui ne pourront, ni ne sauront changer le cours de leurs histoires, de leurs visions du monde, pour le malheur des unes et le simili bonheur des autres.

MELANGE DES GENRES

Ce qui fait la force (mais aussi par moment la faiblesse) d’ »Arrivederci, amore, ciao, c’est la constante volonté du réalisateur de brouiller les cartes des codes cinématographiques, ce qui pourrait perdre pas mal de monde en route notamment ceux qui s’attendraient à un film policier ou un thriller classique et structuré comme tel.

Des moeurs du grand banditisme aux méfaits musclés de la police en passant par une vague intrigue policière lorgnant largement du côté du « Poliziotteschi »( le polar italien des années 70, reflet social des perturbations qui agitent alors l’Italie et qui donnait une vision violente et très noire de la société, mais aussi souvent une forte « ambiguïté droitière » dans les propos, à la façon des méthodes de « l’inspecteur Harry ». Fermons la trop longue parenthèse).

Convoquant l’esthétique du giallo notamment dans les scènes se déroulant en intérieur, Soavi va jusqu’à rendre un hommage à Mario Bava en insérant une scène onirique de toute beauté montrant la descente aux enfers de Flora ( montage, cadrage et photographie quasiment en tout point identique au « Shock - Les démons de la nuit », dernière oeuvre du maître étalon transalpin).

Virant même dans l’épouvante la plus pure et la plus macabre, dans un final d’une épouvantable et cruelle inhumanité, rehaussé par une chanson au refrain renvoyant au titre du film : « Arriverderci, amore, ciao«, comme une cynique déclaration d’amour.


Un film policier reflétant la morgue et le chaos de « la modernité italienne », stylisé à l’extrême, renvoyant à tout un pan du cinéma italien période « Cinécitta ». Bâti autour d’excellents comédiens, d’une intrigue profonde, des relations entre liberté et morale, Soavi livre une oeuvre iconoclaste et protéiforme dont on ne peut sortir tout à fait indemne.
 Iken-eiga (2007) © tous droits réservés | ADMIN