LE PARFUM HISTOIRE D UN MEURTRIER   -   Perfume the story of a murderer
 
Annee
Duree
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2006
2h20
Ben Whishaw – Dustin Hoffman – Alan Rickman – Rachel Hurd-Wood – Birgit Minichmayr – Sara Forestier – Corinna Harfouch ...

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Critiqué par fear le 16/07/2008 Note :   Lire sa critique  
Critiqué par fear
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“Le parfum : histoire d'un meurtrier” est un thriller intimiste où les effluves de Süskind embrassent la pellicule. Le manque de nez de Tykwer pour la mise en scène – de manière sporadique - et pour le montage sont dommageables. Les senteurs du XVIII ème siècle nimbent le visuel et procurent de bons moments tandis que l'enquête n'est pas en odeur de sainteté ...
 
A l'origine il s'agit évidemment d'un roman de Patrick Süskind qui a su s'imposer comme un classique moderne.
Tandis que l'auteur désirait Kubrick, beaucoup de grands cinéastes se sont penchés sur la question avant que son sort soit confié à Tykwer. Révélé par “Cours, Lola, Cours” (1998), il avait peiné à retrouver le même engouement dans les salles obscures.

LES SENTEURS MUETTES

Comme ce fut le cas pour le roman, il était impératif de souligner par un médium de choix les touches olfactives que ne pouvaient ressentir les lecteurs et les spectateurs.
Pour cela, le jeu chromatique est prépondérant. Faisant ressortir les éléments à imaginer sensoriellement, Tykwer s'accapare l'univers de Grenouille en ciblant les méandres de ses sens.

De même, on retrouve dans le choix des femmes un leitmotiv de contraste, visuellement intéressant. On a donc des beautés klimtiennes, à la peau lactée et aux cheveux rougeoyants. Ce sont les muses indicibles de Grenouille, une de ses rencontres majeures.

Si ce travail est minutieusement réalisé et que la photographie est superbe – paysage riche, décors des villes en pierres .. -, la mise en scène est très discutable.
L'ambiance arrive parfois à poindre mais là où les noirceurs et les éclairages à la flamme fonctionnaient, la modernité publicitaire agace.
On pense irrémédiablement à diverses scènes qui ensemble dérangent.
La chute de la goutte d'essence de rose, les plans serrés qui s'enchaînent – bonne idée mais un peu étirée tout au long du film – ou encore les décors qui apparaissent dans l'esprit d'Hoffman sont autant d'images qui ont une patine moderne. Elles sont inadéquates, à contre-courant de la volonté de distiller une rythmique langoureuse.

Malgré les acteurs convaincants, ces fautes de goûts sont tout à fait contre-productives.

LES SENTEURS DE L'ETRANGE

Le métrage joue souvent avec le fantastique. D'ailleurs ce don absolument prodigieux de Grenouille est corrélé à une malédiction.
On est bien entendu dans un descriptif poussé à l'extrême où le don est un cadeau et où le perfectionnisme est une quête permanente.
Ce surréaliste portrait est malgré tout touchant et possède une particularité dans le monde fermé des tueurs en série.

L'amoralité d'un meurtrier n'est pas une première mais ce qui tranche d'avec la tradition – et de la réalité aussi – c'est qu'il est d'usage d'avoir un protagoniste qui est très intelligent et malin mais qui ne connaît pas les émotions. Ici, du fait de son talent, c'est bien différent.
Grenouille manque cruellement d'éducation – et d'éducateurs – et n'est pourtant pas foncièrement méchant. Il semble doux et sa neutralité provient de son incapacité à aimer.
On notera toutefois que se cristallisent les aspects positifs tout autant que les négatifs. On est loin du portrait obscur, plus proche d'un conte tragique que d'une classique histoire de sociopathe.

Ce qui frappe est qu'il récupère des odeurs qui adoucissent – comme une prophécie égyptienne – et développent ce qu'il n'a pas. Il jaillit de lui ce qui ne jaillit pas en lui.

LES SENTEURS DE L'AMOUR

Il est clair que le parfum – dont l'essence est décrite – n'est qu'une parabole.
C'est évidemment une voie pour toucher les âmes. Ainsi celui qui les jauge – utilisation de l'essence de chacun - , peut contrôler ses semblables car il touche à l'idéal de son art, quelque chose de quasiment mystique qui s'attache à résonner dans l'esprit. Ici la perfection est créée par des femmes – vierges pour la plupart – ce qui renvoie à l'image traditionnelle occidentale.
Il est amusant de voir que Grenouille lui-même n'a pas d'odeur – il ne reveille pas le chien -, ce qui indiquerait ici qu'il n'a pas d'âme – reflet qui se trouve dans son amoralité -.

Il touche ainsi l'amour de chacun, une perfection qui est à la fois spirituelle – lieu d'attaque du parfum – et charnelle – lieu de ses conséquences -. Il est aussi divin – c'est un don, réalise quelque chose d'impossible – et diabolique – les mises à morts -.
Il a ainsi une dimension mystique. Ce non-jugement dont il fait preuve pourrait facilement le faire passer pour un ange – déchu peut-être -.
Il est donc reconnu comme au-dessus de la réalité mais sans être meilleur.

Malgré un déluge de bonne idées, c'est une déception qui attend tapie dans l'ombre. La réalisation parfois suspecte, une seconde partie beaucoup trop longue et sans réels enjeux. Le final est probant mais arrive après une enquête qui se répète trop souvent. Elles sont loin les minutes où l'on approfondissait le caractère de Grenouille – avec le parfumeur joué par Hoffman – et c'est bien dommage.
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