BLADE RUNNER
- Blade Runner |
Annee
Duree
Genres
Pays
Réalisateurs
Acteurs
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1982
1h50
Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young, Darryl Hannah, Edward James Olmos
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Tout juste auréolé de son succès "Alien le huitième passager", Ridley Scott s'attèle à un projet non sans importance, l'adaptation de "Does androïds dream of electric sheep" de Philip K. Dick soit "Blade Runner".
Adaptation ou plutôt inspiration, tant le métrage s'éloigne de l'histoire originale. En effet, Scott va tailler dans ce matériau de base afin d'en sortir un film propre, très structuré, empreint d'influences, tout en surlignant les aspects quasi-philosophiques de l'oeuvre de Dick. |
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Un monde sous influences
Considérer que "Blade Runner" doit tout à son illustre version papier serait, me semble-t-il, une bien grave erreur. La littérature a souvent été une source d'inspiration (d'exploitation) immodérée pour le cinéma et il est toujours bon de le rappeler. Cependant lorsque l'inverse se produit, en bons cinéphiles que nous sommes, on ne va pas se priver de le mentionner. Un nom, un seul, "Metropolis". Sans le savoir, Fritz Lang avec ce film phare du mouvement expressionniste Allemand et de l'histoire du cinéma en général, allait outre créer un genre cinématographique, influencer l'ensemble la science-fiction sur tous les supports. Les Asimov et autres Herbert s'en sont amplement inspirés. L'ambiance Dickienne déjà fortement empreinte de la vison de Lang se marie donc au visuel de "Métropolis", on a vu pire pour commencer...
Ce détachement a donc permis à Scott d'obtenir une plus grande liberté scénaristique afin d'implanter, ses visions et différents "plans hommages" remaniés non sans une certaine réflexion. On se surprend à voir, que les actions imaginées par l'auteur de "Does androïds dream of electric sheep" sont totalement annexes, l'essence du roman se trouve dans le fond auquel Scott assimile une forme virtuose.
Un futur en eaux troubles
"Blade Runner" est donc une vision du futur bien particulière, l'atmosphère ambiante démarque le film des autres rejetons "post-Métropolis". La forme reste similaire, urbanisme étouffant, véhicules à foison/circulation dense, soit le signe d'une surpopulation, grande incursion de la technologie... Le fond aussi, le capitalisme nocif à la société, la pauvreté, l'élargissement des écarts entre les classes (symbolisé toujours de la même façon, les riches étant en haut les modestes en bas). Les travailleurs de Fritz Lang ne voyaient pas le soleil du fond des souterrains, ici, c'est la pollution qui empêche le peuple d'en bas d'y voir plus clair. Il faut s'élever de la Terre qui n'est plus qu'un bourbier, la fuir par le biais des colonies de l'espace où en tout cas être le plus haut possible. Pour faire simple, la quasi totalité des thèmes et préoccupations du début du siècle sont réaménagés pour l'occasion. S'ils sont toujours d'actualités, on aurait aimé un réajustement plus conséquent... Là où Lang est plus que novateur, Scott n'est qu'un repreneur/réajusteur, même s'il l'a fait mieux que personne. Mais le réalisateur de "Alien" a des arguments lui aussi. Oui, l'alliance K. Dick/Scott va accoucher du fils le plus mémorable de "Métropolis".
« Je pense donc je suis »
On sait que dans le livre de K. Dick, le mystère était de savoir ce qu'il en était pour Deckard. Répliquant ou pas Répliquant?... Ici, Ridley Scott évite d'interroger le spectateur tout au long de son film. Chacun peut avoir sa propre interprétation. Quoiqu'il en soit l'important n'est pas là. Ce que cherche à montrer Dick et que retranscrit magnifiquement bien Scott, c'est la recherche de compréhension et d'empathie. Dès le départ, les répliquants sont montrés tels de vils personnages. Machines à tuer où objets de plaisir. Le réalisateur, en ne prenant pas position, nous laisse aller au sentiment populaire, à savoir mépriser ces êtres de chair mais non humains. Toutefois, qui sont les plus humains? Qu'en est-il réellement? Quels mauvais actes ont commis les répliquants?
Ils ont tués leurs geôliers et reviennent sur Terre, endroit pourtant détestable pour l'être humain, chercher des informations sur leurs origines. Ils tentent de savoir comment vivre plus longtemps. Le désir de vivre, d'avoir une vie, n'est-ce pas le but premier de chaque être humain? Certainement une attitude plus humaine que celle consistant a envoyer des êtres que l'on sait doués de sentiments, faire de basses besognes au péril de leur vie, ou contenter sexuellement les troupes militaires... « Je pense donc je suis » dira Pris la répliquante. « Plus humain que l'humain telle est notre devise » dixit Tyrell le créateur capitaliste sans vergogne. Il ne sait pas si bien dire!
Scott a amplifié ces points de vue. De ce fait, la manière dont est monté le film, offre la possibilité de retourner ce dernier en se « mettant du côté des répliquants ». On en trouvera une aventure on ne peut plus humaine que celle d'un Deckard (Harrison Ford) à la limite de l'alcoolisme. Avec des méthodes plus proches d'un détective torturé façon Bogart qu'un policier consciencieux, le sombre est encore une fois de rigueur.
Là où l'on trouve une personne perdue dans un monde qui ne semble pas lui convenir et qui finit par se morfondre dans l'alcool, on trouve de l'autre côté, des êtres luttant contre leurs opposants et contre le temps qui fatalement les rattrape. Leur but n'est pas l'argent ou le pouvoir, mais simplement avoir le droit de vivre, de vivre sur une Terre où d'autres semblent plutôt vouloir en finir "Je veux plus de vie...". Le point divergent de "Blade Runner" en tant que récit tient principalement au fait que ce sont des détails, qui peuvent paraître à première vue sans importance, qui le façonnent et lui donnent sa cohérence.
Après tout, qui chasse qui?
On pourrait trouver un Harrison Ford quelque peu éffacé, pas assez de présence pour être "le" protagoniste. Cependant cela pourrait être voulu par Scott. Deckard n'est en fin de compte pas plus important que le répliquant Roy (Rutger Hauer, littéralement habité par le rôle). Encore un réajustement par rapport à l'oeuvre de Dick.
Lors de leur face à face, Roy soulignera à Deckard qu'il "tire sur un adversaire désarmé ne lui faisant pas face, pas très sport!" Plus tard, lorsque Deckard se retrouvera suspendu, les jambes dans le vide, Roy, « homme » sage, lui lancera : « Drôle d'expérience de vivre dans la peur n'est-ce pas? ». On sait ce qu'il en est de la vie de Répliquants. « Voilà ce que c'est d'être un esclave ! ».
Le seul capable de sauver l'autre, d'avoir conscience de la valeur de la vie, semble être le répliquant. Là où les héros vont laisser tomber du haut d'un immeuble un Rotwing riant dans Métropolis, Scott dans un premier temps, nous montre Roy souriant alors que Deckard est sur le point de lâcher puis malgré sa main transpercée (par une douleur imposée par l'homme), rattrapera le Blade Runner lui évitant une chute mortelle.
Dans ce monde, il semble plus sain d'être un répliquant. Au delà de la critique du racisme et de l'esclavage on peut y voir une perte de foi en l'homme. De plus, on peut y voir assimilation au romantisme littéraire, la fuite du temps, le fait de ne pas profiter du temps qui nous est imparti. Une mélancolie qui n'est pas étrangère face à ce monde. D'ailleurs, cela ne semble pas être un hasard que Roy finisse par une apostrophe romantique dans son tête à tête avec Deckard : «J'ai vu des choses que vous humains ne pourriez croire. [...] Tous ces moments seront perdus dans le temps, comme les larmes dans la pluie ».
Là où Lang gardait une note positive, Scott malgré la rédemption de Deckard et du répliquant finit sur une note plus pessimiste. Deckard s'est repenti, sensible au discours de Roy, il entrera à son tour dans la peau d'un répliquant en fuyant avec Rachel. Pour vivre heureux, vivons cachés, triste constat.
En définitive, l'oeuvre nécessite plusieurs visions. Les fondements de la Science-Fiction restent les mêmes, mais l'ensemble change. Ridley Scott les ajuste à ses pensées. Les angoisses du début du siècle véhiculées dans "Métropolis" se mettent au goût du jour, mais rien ne semble avoir changé. Il nous gratifie d'une fin plus pessimiste en prime. Lui reprocher de ne pas tenter de modifier les codes serait ne pas voir l'immense et merveilleux travail accompli sur l'image, les décors et principalement l'ambiance. L'atmosphère Dickienne (plus personnelle que beaucoup d'autres romanciers) émane du film comme rarement cela fut le cas sur une quelconque adaptation. De plus, les décors magistraux semblent prendre vie par le biais de la musique envoûtante de Vangelis, certainement sa meilleure bande originale. La beauté du spectacle est sans équivoque, taisons-nous et admirons. Mais gardons l'oeil, les décors sont empreints d'une multitude de signes qui caractérisent l'identité de "Blade Runner". Au final, il peut paraître ardu de dresser une critique qui se veut constructive tellement la perfection semble de rigueur à tous les étages. Lorsque l'on voit le chaos ambiant qui règnait au niveau la production du film, il y a de quoi être étonné. Mais "Blade Runner" est une licence bénite, chacune de ses extensions que ce soit papier, vidéo et vidéo-ludique ont marqué l'histoire d'un genre. |
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