LE RECUPERATEUR DE CADAVRES   -   The body snatcher
 
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1945
1h18
Boris Karloff – Bela Lugosi – Henry Daniell – Rita Corday .......

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Critiqué par Fear le 20/02/2008 Note :   Lire sa critique  
Critiqué par Fear
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« Le récupérateur de cadavres » est un chef d'oeuvre esthétique et pertinent. Karloff, au sommet de son art, adopte des postures machiavéliques, repoussant ainsi les limites superficielles du sujet. Unique dans son traitement, il constitue une pièce maîtresse du cinéma des années 40 ....
 
Quatrième long-métrage de Wise, « The body snatcher » reste un grand classique aux yeux de nombreux cinéphiles. Mettant en scène Karloff et Lugosi, les deux acteurs majeurs du fantastique d'avant-guerre, c'est un film assez original qu'il nous est donné de voir.
Si la thématique semble ancrée dans son époque, le traitement de ce médecin prêt à tout pour être pourvu en cadavres prend quasiment le contrepoint de ses prédecesseurs.

Il ne se place pas d'un point de vue horrifique à proprement parler, mais s'attache à décrire les tenants et les aboutissants d'une pratique qui semble vile. C'est le cocher Gray, interprété de façon magistrale par Karloff, qui assombrit le film.Il prend un malin plaisir à contrôler l'autre – ici le médecin interprété par Henry Daniell – à prendre de l'importance, lui qui ne fait que des basses besognes. Intelligent et charismatique, il est le personnage qui hante la pellicule. Ses présences sont soit fantomatiques – comme son reflet dans le miroir – soit a contrario très appuyées, envahissantes. Il incarne le mal dans toute sa dimension anthropique, les bassesses de l'humanité. Karloff nimbe alors l'espace avec une aisance remarquable. S'il est clair que l'on peut aisément le positionner sur le banc des accusés, les deux autres compères sont beaucoup plus ambigus.
Bien loin de rentrer dans un système manichéen, des perspectives sont posées. On retrouve donc une réfléxion éthique très surprenante et avant-gardiste. En effet, la question posée reste la légitimité de ces actes sachant que la loi ne les permet pas et que la médecine en a besoin. Sans tomber dans le subversif, il agrémente son sujet de la dualité au sein de l'induvidu. Le docteur MacFarlane est froid et rigoriste mais c'est bien au nom de la connaissance et l'avancée de la médecine qu'il commet ses exactions. De même, lui qui semble insensible, est en réalité troublé lorsqu'il apprend la réussite de ses tentatives. S'il apparaît plus avide que foncièrement bon, sa démarche est mise en évidence de manière subtile.
En outre le jeune étudiant, qui est habité par les meilleures intentions, se voit embarqué dans cette aventure. Il renie tous ses actes mais poursuit tout de même le sillon créé par les deux autres protagonistes, incapables de se sortir de cette délicate situation.
Les personnages secondaires se font très discrets mais ne sont pas inutiles. Hormis l'handicapée, la femme de MacFarlane est intrigante. Son rôle est tout à fait mineur, représentant la tempérance vaine d'une amoureuse accomplie. Néanmoins, sa bienveillance extérieure montre bien le fait que tous les personnages vont trop loin. Ils se perdent petit à petit, jusqu'au point de non-retour.

Si les tribulations médicales sont globalistes, c'est bien un cas qui va occuper les esprits. Une fillette en chaise roulante doit être opérée. Il semble que seul un éminent spécialiste puisse réussir. Et c'est là qu'un dilemme sous-jacent est donné en pâture aux spectateurs. La volonté de sauver cet enfant justifie t-elle de basses actions. Sans prendre parti, Wise condamne le meurtre mais, pour apposer un contraste, fait opérer avec succès la jeune fille. Les cartes deviennent brouillées. Le jusqu'au boutisme de la démarche illégale est stigmatisé. Pour autant, le manque de moyens dont sont dotés les médecins est également considéré comme un facteur important.
Ce sont donc des personnages torturés par l'ambivalence de leurs contributions – et le déni d'une partie néfaste de leurs actes – et la contamination grandissante du cocher Gray dont il est question.

On n'omettra pas de souligner le superbe travail de Wise qui distille de superbes plans, dans une ville faite de pierres. Un climat froid se dégage de ces nuits éclairées par quelques lumières.
La longueur du métrage est tout à fait adaptée. Toutes les séquences sont utiles, tant d'un point de vue scénaristique que dans l'élaboration et l'évolution des personnages. Une remarquable efficacité pour un véritable classique du genre.

« Le récupérateur de cadavres » est à placer au rang des films cultes du cinéma de genre. Mêlant avec brio enjeux éthiques et personnages forts, une ambiance sublime se dégage du décorum et du rythme.
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