ALPS   -   Alpeis
 
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2011
1h33
Stavros Psyllakis – Aris Servetalis – Johnny Vekris – Ariane Labed – Aggeliki Papoulia – Erifili Stefanidou …

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Critiqué par fear le 13/10/2012 Note :   Lire sa critique  
Critiqué par fear
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« Alps » signe une redondance stylistique pour Lanthamos. Dans son manteau froid, il ressert la figure du père abusif et l'humour étrange au centre d'une tragédie sombre où les personnages demeurent aliénés par un système de fonctionnement imperturbable. Si Aggeliki Papoulia est toujours juste, on peine à se passionner pour ce mélange d'esthétisme auteurisant et ce survol d'un scénario pourtant prometteur. Limité par ses ambitions, Lanthamos nous livre un film moyen. On attend encore qu'il atteigne les sommets …
 
Avec son « Canine » (2009), Lanthimos avait une entrée fracassante dans le milieu du cinéma et notamment dans les festivals. Son nouveau projet était donc très attendu. Il dégage une aura de confiance puisqu'il reçut par exemple le prix du meilleur scénario à la Mostra de Venise.

Reprenant des acteurs peu connus, il embauche à nouveau Aggeliki Papoulia qui avait participé à son précédent long et Ariane Labed qu'il a pu voir travailler dans le film qu'il a produit « Attenberg » (2010). Malgré cette absence de célébrité, il parvient à nouveau à tirer le meilleur de ses interprètes, une véritable force tranquille s'imposant au visionnage. La palme reviendra évidemment à celle qu'il met le plus en avant à savoir Aggeliki Papoulia, très convaincante dans son jeu non-verbal, véritable enjeu pour tous les interprètes du métrage.

LA VACUITE DES ALTRUISTES

Le script est, il faut le reconnaître, assez original. Le traitement du deuil via les acteurs implique une absence d'acceptation des faits tout à fait en accord avec nos sociétés modernes, déconnectées en partie de leur composante biologique primaire au niveau symbolique. Pourtant, Lanthimos déplace son œil pour se focaliser sur ceux qui vont aider ses proches éplorés. Bien entendu, ce drame est aussi un creuset laissant transparaître l'amour de la résilience, des habitudes et la sensation d'avoir pu conserver une part des décédés dans sa vie.
Ses anonymes se trouvent face à des acteurs qui ne lésinent pas sur les moyens afin de les rendre plus heureux. Cette quête montre un véritable puits intérieur – sentiments écrasés – et extérieur – social -.
D'un point de vue symbolique, on trouve une représentation de l'acteur et du réalisateur par le biais de ce point crucial qu'est la fêlure générant le besoin d'être un autre pour les autres. Si le motif est bien moins « altruiste » dans le corps de métier, les actes ne diffèrent pas vraiment.

Le chef de la troupe est à nouveau – comprendre comme dans « Canine » (2009) – une figure patriarcale, violente et névrosée du contrôle. Le mâle est en général présenté par Lathimos de cette manière. La jeune gymnaste est complètement sous le joug écrasant de son coach mais aussi de son absence totale d'amour pour sa vie – elle n'aime pas ce qu'elle fait, a du mal à s'épanouir -. Le plus ancien trouve quant à lui un substitut de vie dans cette entreprise. Pour finir, l' « héroïne » voue un culte à son altruisme faisant fi de tout ce qu'elle pourrait avoir à faire pour elle – elle change de trajectoire mais pas de préoccupation -. Tous, vont très loin dans cette association gommant complètement leur personnalité, effaçant tout leur historique. Cette capacité à s'oublier est la condition sine qua non pour réussir ce pari. Derrière ces façades, se cache donc une stratégie d'évitement mais qui n'est jamais exploitée à son potentiel par le réalisateur. Ce dernier préfère ainsi se cantonner au fonctionnement global.

LA VACUITE DE LANTHIMOS

C'est là tout le problème de Lanthimos qui nous refait un peu le coup de « Canine » (2009) dans la mesure où il mettait déjà en avant un style cachant le manque de profondeur de lecture. Ici, cela devient un peu plus compliqué puisqu'il est moins performant. C'est avec une certaine déception que l'on voit le cinéaste grec s'interrompre.
Cette absence d'explication pourrait être là pour ne pas poser de jugement ou rendre le tout trop psychanalytique. Toutefois, il se repose entièrement sur son postulat et son idée basale – la compensation à travers l'altruisme – en bottant en touche dès qu'il s'agit de se rapprocher de ses protagonistes.

Cette lecture froide passe par l'absurdité de certaines séquences créant un humour décalé, assez clinique. Très proche de son précédent long, on retrouve aussi ce sens du décadré, ces focales courtes et la dépersonnalisation des protagonistes en cachant les visages ou en les mettant en contre-champs. Ce choix « auteur » est une marque à la fois intéressante d'un point de vue esthétique et à la fois irritante par son but évident de ne pas creuser le monde intérieur des personnages reposant globalement sur le jeu – pourtant bon – des acteurs.

Sorti de l'analyse pure et dure, on trouvera aussi moins de ferveur dans le déroulement, des moments un peu ennuyeux et redondants. Le facteur de ressemblance avec « Canine » (2009) est probablement assez important dans ce sentiment plus mitigé. On attendait vraiment plus de ce cinéaste : Si sa patte est indéniable, la surprise est passée et resurgissent les petites lacunes d'un métrage tout simplement assez peu développé en son cœur.
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