THEY HAVE CHANGED THEIR FACE   -   Hanno cambiato faccia
 
Annee
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1971
1h31
Adolfo Celi – Geraldine Hooper – Giuliano Esperanti – Francesca Modigliani – Lorenzo Rapazzini – Mariella Furgiuele …

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Critiqué par fear le 13/12/2010 Note :   Lire sa critique  
Critiqué par fear
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« They have changed their face » est un alliage franc du collier entre les obsessions sociales de l'horreur selon Romero et le radicalisme italien des années 70 transposé chez Bram Stoker. Il se dégage de ses modèles par un système hyperbolique caustique assez délectable et par son anthropomorphisme du fantastique. Une pièce injustement méconnue qui modernise Dracula avec beaucoup d'aplomb et un second degré assez insolite…
 
Farina a marqué son empreinte avec un film plutôt raté « baba Yaga » (1973), alors qu'il cache un long métrage surprenant, quasiment inconnu dans l'hexagone. Il s'intéresse à une histoire horrifique qui s'éloigne du genre pour mieux cerner la société dans laquelle il vit.

C'est avant tout l'histoire d'un duel d'homme, d'une partie de négociation bien particulière. Le premier est le boss, le patron de la firme AAM – et de bien d'autres -. Il est joué par Adolfo Celi. Son physique particulier lui obtiendra une place de « méchant » dans le James Bond « Opération tonnerre » (1965). Face à lui le jeune employé dynamique au futur prometteur, c'est Giuliano Esperanti - « Roma violenta » (1976) aux côtés de Conte et Merli -.

SYNCRETISME VAMPIRIQUE

Avec une expérience extra-cinématographique, Farina vient poser son bagage en s'inspirant des légendes mordantes avec une volonté de modernisation évidente.

Si notre vieux et bon patron s'appelle bien Nosferatu, il s'agit surtout de l'histoire de Bram Stoker. Comme dans Dracula, un jeune homme est appelé à travaillé dans une bâtisse isolée avec à la clé une hypothétique récompense. Si on sait le cinéaste amoureux de l'expressionnisme allemand – il convoque « Le golem » (1920) dans son « Baba Yaga » (1973) -, il ne garde que la vieille recette pour mieux l'adapter à son temps. Ainsi la posture d'Adolfo Celi est plutôt conciliante, on est loin d'un monstre assoiffé de sang qui va tenter coûte que coûte de parvenir à ses fins. On est donc bien plus proche d'un Christopher Lee que d'un Max Schreck - «Nosfertu » (1922) -.

Si on a peur d'une énième déclinaison, on peut-être rassuré puisqu'il ne fait pas dans l'attaque ou la violence ce qui permet d'éviter les cercueils et les pieux. En sus, Farina va lui rendre un aspect bien plus humain. Le titre prend alors tout son (double)-sens avec cette mise au goût du jour qui troque la cape contre le costume de directeur.
Pourtant on échappe pas à une tension horrifique mais elle est déportée sur d'autres aspects – la séquence avec les berceaux est bien fichue -. Cette approche très intelligente qui rompt avec la routine du genre permet aussi d'instaurer une ambiance proche du gothique avec le renfort des maisons délabrées, du brouillard et d'une crypte.
Tout cet attirail visuel ne serait d'aucun secours sans une musique aux petits oignons en phase avec les spécialité ritales des années 70. Quelques morceaux de piano, des chorales classiques mais efficaces et des portions plus sinistres pour maintenir la tension.
Seul petit bémol dans la terreur, l'humanisation du grand manitou qui perd un peu de son charisme légendaire.

CAPITALISME VAMPIRIQUE

L'autre grosse surprise réside dans ce choix proche d'un Romero - « La nuit des morts-vivants » (1968) n'est pas loin, mais on est avant « Zombie » (1978) -.
Ici, ce n'est pas le zombie mais bien le vampire qui devient l'image de notre société avec une allégorie bien moins détournée que celle du cinéaste américain.

La rupture de ton - on passe de l'horreur au cynisme – engendre des analyses peu fines mais qui sont indéniablement intéressantes. Pour mémoire, les publicités sont assez remarquables – A-Uno que l'on entend sous la douche – et surtout la méthode d'attachement au capitalisme est mise en exergue avec panache.
On passe en revue, le contrôle absolu, quasi-fanatique de la société de consommation avec un maîtrise des désirs des envies avec en ligne de mire la publicité et cette course en mensonge – Farina sait de quoi il parle puisqu'il y travaillé -. En outre le pouvoir centralisé et ses ramifications tentaculaires – artistiques, morales et religieuses – sont assez effarants avec cette réunion déshumanisée et despotique qui laissera pantois si on adhère à ce trait caustique qui tient à coeur à Farina. Les alternatives et le final sont assez glaçants avec une vraie percussion des idées développées lors du métrage.

Une des particularités vis-à-vis des Romero-like est cette absence d'ambages, ce caractère entier qui colle parfaitement au climat de l'Italie des années de plomb.
On pourrait crier au chef d'oeuvre s'il n'y avait pas quelques points noirs à noter. Ils concernent principalement le choix peu judicieux de ces voitures blanches avec des hommes avec casques – on avait pas besoin de tout ça – et quelques séquences étranges comme la découverte du corps dans le parc. Un film à découvrir néanmoins pour son entièreté.
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